L’Initiative Cacao & Forêts progresse en Côte d’Ivoire, mais voyage loin d’être terminée

Si vous demandez à Yao Ahou pourquoi les forêts sont importantes, cela lui semble évident. La planteuse de cacao voit ce que la déforestation fait là où elle cultive à N’denou, en Côte d’Ivoire. Cela change le climat.

«Il y a moins de pluie parce que nous avons abattu tous les grands arbres. Nous avons abattu tous les grands arbres qui pouvaient faire monter la vapeur dans l’air pour attirer la pluie. Si nous pouvions avoir plus de ces grands arbres sur nos cacaoyers (…)! Ils ont couvert les cacaoyers et les ont protégés au moins contre le soleil. »

Ahou Yao fait partie des plus d’un million de personnes activement impliquées dans la Cocoa & Forests Initiative, qui vient de publier ses premiers rapports d’étape. Ce partenariat public-privé inédit vise à enrayer la déforestation en Côte d’Ivoire et au Ghana due à la culture du cacao, principal ingrédient du chocolat.

Comment nous en sortons-nous en Côte d’Ivoire?

La bonne nouvelle est que, au cours de la dernière décennie, le gouvernement de la Côte d’Ivoire a travaillé dur pour devenir un leader mondial dans la lutte contre le changement climatique. Le président Alassane Ouattara a signé la Déclaration des Nations Unies sur les forêts à New York en 2014 et s’est engagé à restaurer le couvert forestier national à 20% du territoire d’ici 2030.

Au cours des deux dernières années, le gouvernement a accéléré ses actions pour créer un environnement propice à une agriculture sans déforestation. Une nouvelle loi forestière a été promulguée par le président. Des décrets d’application sont progressivement pris afin de mettre en œuvre la politique de préservation, de restauration et d’extension des forêts et d’assurer une production de cacao écologiquement durable. Une carte sur le couvert forestier et l’utilisation des terres a été mise à jour et partagée pour soutenir une meilleure planification et un investissement accru dans l’agroforesterie. Des garanties sociales et environnementales ont été mises en place pour garantir le respect des droits des agriculteurs dans le cadre de l’initiative Cocoa & Forests.

Avec les nouvelles politiques forestières, le gouvernement de la Côte d’Ivoire a établi un processus unique de collaboration avec les entreprises, les organisations paysannes, les groupes environnementaux et les partenaires techniques et financiers pour solliciter des commentaires. Il s’en est servi pour élaborer une stratégie et des orientations opérationnelles pour la mise en œuvre. Le gouvernement de la Côte d’Ivoire a également mis en place une structure de gouvernance solide pour garantir l’engagement et la participation de toutes les parties prenantes. Cette structure comprend un partenaire clé: le Conseil du Café Cacao, qui joue pleinement son rôle crucial de régulation, de stabilisation et de développement du secteur. Ce haut niveau de coopération entre l’industrie, le gouvernement et les partenaires clés permet aux entreprises de mieux planifier leurs activités et leurs investissements pour lutter contre la déforestation.

Les 35 entreprises de la Cocoa & Forests Initiative – qui représentent 85% du commerce mondial du cacao – ont pris des mesures énergiques en 2018-2019, en partenariat étroit avec le gouvernement ivoirien. Ils ont mis en place des systèmes pour éliminer la déforestation de leur approvisionnement en cacao, notamment en cartographiant près d’un demi-million de fermes. Ils ont également distribué près de 2,2 millions d’arbres aux agriculteurs pour établir des systèmes d’agroforesterie, qui mélangent les cacaoyers aux arbres indigènes et reboisent les terres dégradées.

Les entreprises ont également progressé dans la culture de «Plus de cacao sur moins de terres», un concept qui signifie que les agriculteurs sont moins incités à empiéter sur les zones boisées à la recherche de plus de terres agricoles. Leurs programmes ont formé plus de 445 000 agriculteurs aux bonnes pratiques agricoles et soutenu plus de 190 000 agriculteurs dans la diversification des cultures et des revenus. L’objectif est de fournir aux producteurs de cacao les connaissances, les compétences et les outils nécessaires pour cultiver d’autres cultures qui peuvent diversifier leurs sources de revenus et les rendre moins dépendants du cacao.

Ces réalisations consignées dans les premiers rapports d’étape de la Cocoa & Forests Initiative sont importantes. Ils ont notamment entraîné une réduction des taux de déforestation dans certaines aires protégées et forêts classées. Mais les défis restants sont énormes. Ils sont spécifiquement liés à la mobilisation des fonds nécessaires pour mettre en œuvre des actions fortes telles que le rafraîchissement des limites des forêts classées, y compris les enclaves, la réhabilitation et la restauration des terres dégradées, les sauvegardes environnementales et sociales, et la mise en œuvre d’un système national de traçabilité et de surveillance par satellite de la forêt couverture.

Nous avons donc beaucoup plus à faire pour atteindre notre objectif de stopper la déforestation et de restaurer les forêts. Pour cette année, l’industrie et le gouvernement vont accélérer la collaboration entre les acteurs du cacao et mettre en place de nouveaux outils efficaces pour surveiller et mettre un terme à toute nouvelle déforestation.

Nous chercherons également à établir un impact durable pour la Cocoa & Forests Initiative. Pour cela, le gouvernement et l’industrie doivent travailler ensemble pour mobiliser un financement durable, en particulier pour les domaines clés de la protection et de la restauration des parcs nationaux et des forêts classées. Nous devons impliquer davantage les communautés pour améliorer les moyens de subsistance et garantir un engagement total dans la protection des forêts, en s’attaquant à des problèmes critiques tels que l’empreinte carbone et la biodiversité. Nous devons également mettre en œuvre nos actions dans le cadre d’une approche collaborative et paysagère.

L’initiative Cocoa & Forests a parcouru un long chemin en peu de temps. Mais le voyage est loin d’être terminé. Nous exhortons les autres partenaires techniques et financiers à se joindre à nos efforts cette année et à nous aider à accélérer les progrès afin que les générations futures puissent profiter du riche et beau patrimoine naturel de la Côte d’Ivoire.

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